Témoignage de Namibie

NAMIBIE
Subvention du revenu de base: ‘Laissez d’autres goûter ce que nous avons goûté’
Servaas van den Bosch s’entretient avec BERTHA HAMASES, une domestique et mère de quatre enfants à Otjivero, en Namibie

WINDHOEK, 17 fév (IPS) – Une Allocation du revenu de base (BIG) universelle créerait la paresse et la dépendance chez les pauvres de la Namibie, déclarent des politiciens. Un projet-pilote audacieux a été initié pour prouver que cette affirmation est fausse. IPS a parlé avec l’un des bénéficiaires de la BIG.

Bertha Hamases, 32ans, est une femme élancée, maigre, avec un visage fané et un éclat amical dans ses yeux. Il y a quelques années, elle était l’une des nombreuses personnes vivant autour du drain à Otjivero, un village en cul de sac situé à 100 kilomètres de Windhoek, la capitale namibienne.

Ici, des ouvriers agricoles expulsés se sont réunis dans la misère. Pour Hamases, une mère célibataire de quatre enfants âgés de neuf à 16 ans, la vie semblait être sans espoir. Jusqu’à ce qu’une coalition d’organisations de la société civile ait choisi Otjivero pour un projet-pilote financé sur fonds propre pour montrer qu’une allocation du revenu de base universelle peut faire toute la différence.

Q: Pouvez-vous décrire votre vie avant la BIG?

R: Je suis venue à Otjivero il y a huit ans. Avant, je vivais dans une ferme, mais je me suis disputée avec mon copain et j’ai dû quitter.

J’ai donc pris mes quatre enfants et je me suis installée dans le village. La vie était dure, nous souffrions. Les enfants allaient à l’école, mais je n’avais pas d’argent pour les frais de scolarité. Parce qu’ils avaient faim, les enfants ne pouvaient pas se concentrer sur leurs devoirs de maison et cela s’est révélé dans leurs études. L’école continuait à demander de l’argent.

Une fois par mois, j’allais à Windhoek pour demander de l’argent auprès des parents. Avec cet argent, j’achetais un peu de vivres pour mes enfants. Nous vivions dans un petit ‘kambashu’ d’une pièce, une cabane en tôle ondulée. Je ne faisais rien toute la journée, peut-être rendre visite à quelques voisins et voir s’ils pouvaient me donner quelque chose.

La vie dans tout le village était difficile. Tous les deux jours, des gens arrivaient dans le village après avoir été chassés des fermes voisines. Il y avait la criminalité parce que les gens n’avaient pas d’argent pour acheter de la nourriture. Le braconnage des fermes était un gros problème. Il y avait la prostitution, la violence contre les femmes et beaucoup d’alcoolisme. Le petit village comptait entre cinq et six « shebeens », des bars informels.

Q: En 2008, le projet de la BIG a commencé; comment cela a-t-il changé vos conditions de vie?

R: Parce que cinq d’entre nous, les quatre enfants et moi, tout d’un coup, nous recevions 500 dollars namibiens (68 dollars US) par mois.

Pendant deux mois, je suis toujours restée à Otjivero, économisant de l’argent. Puis, j’ai utilisé l’argent de la BIG pour aller à Windhoek. Là encore, avec l’argent de la BIG, j’ai placé une annonce dans la presse déclarant vouloir offrir mes services en tant que domestique. Après deux jours, j’ai obtenu un emploi.

Je gagne maintenant 1.000 dollars namibiens par mois avec un logement et de la nourriture. Au cours de la semaine, je reste à Windhoek pour travailler et deux fois par mois, je rentre chez moi à Otjivero. La BIG n’a pas cessé alors que je travaillais ailleurs. C’est pour montrer que la subvention peut créer des opportunités. Tous ceux qui étaient initialement retenus continuent de recevoir de l’argent. Quand bien même le projet-pilote a pris fin après, la subvention a été ramenée à 80 dollars namibiens (11 dollars US).

Ainsi, les 1.400 dollars namibiens (un peu moins de 200 dollars US) par mois que je reçois aujourd’hui fait qu’il m’est possible de payer les frais de scolarité et d’acheter les uniformes. Mon aîné va à l’école à Windhoek et les trois autres sont dans un foyer et leur école se trouve à Witvlei, qui est une petite ville près d’Otjivero. Les frais s’élèvent à 200 dollars namibiens par enfant chaque année et à 130 dollars namibiens par trimestre pour le foyer.

La bonne nouvelle est que l’année dernière, ils sont tous admis. Je peux également payer les factures au centre de santé; alors les infirmiers ne sont plus obligés de confisquer mon carnet de santé. J’utilise aussi l’argent pour acheter des chaussures, des vêtements et d’autres produits à Windhoek, puis je les revends à Otjivero le week-end. Mon bénéfice tourne généralement autour de 400 dollars namibiens (54 dollars US). Parfois, j’achète de l’épicerie en gros et je la revends également, ou je recycle des bouteilles que j’achète auprès des petits enfants et les revends à Windhoek.

J’ai transformé la cabane d’une pièce en une maison à trois chambres et par la volonté de Dieu, je commencerai bientôt une soupe populaire pour des personnes âgées et des orphelins.

Q: Qu’est-ce qui a changé à Otjivero lui-même?

R: Tous les enfants achètent les uniformes scolaires et les parents paient les frais de scolarité. Les gens achètent des vivres, des télévisions, des lecteurs DVD et des fourneaux. Bon nombre ont agrandi leurs maisons. Là où il existait quelques magasins avant, il y a maintenant entre 10 et 12 petites boutiques.

Le milieu est beaucoup plus propre parce que les gens ne sont pas gênés de faire le nettoyage lorsqu’ils sont rassasiés et n’ont pas faim. La criminalité a totalement cessé, tandis que l’alcoolisme et la bastonnade des femmes ont beaucoup diminué. Il y avait la prostitution parce que les femmes avaient faim, mais cela a complètement cessé.

Le seul problème est que nous sommes devenus un lieu attrayant pour la migration. Même des gens de Windhoek viennent parce qu’ils pensent qu’il y a de l’argent à Otjivero. La population est passée de 1.200 à 2.000 habitants, ce qui signifie que nous devons partager la richesse.

Q: Le président a dit que cette allocation rendra les gens paresseux. Qu’en pensez-vous?

R: Ce n’est pas vrai. Le président affirme que les gens ne travailleront pas quand ils recevront de subvention. Eh bien, je ne travaillais pas avant la BIG, mais maintenant, je travaille.

J’ai utilisé l’argent pour me faire de la publicité et j’ai trouvé du travail. D’autres dames à Otjivero m’ont aussi donné de l’argent pour leur placer une annonce dans la presse et maintenant, elles travaillent également.

Je suis vraiment fière de recevoir l’Allocation du revenu de base et elle doit se poursuivre dans tout le pays, afin que nous puissions vaincre la pauvreté en Namibie. Pour que d’autres puissent goûter ce que nous avons goûté. (FIN/2011)

http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6384

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